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Résumé :
Habitée de fantômes coincés dans son corps et dans sa tête, Camille fait du sur place dans son appartement parisien, entre ses pinceaux et ses toiles. Des toiles qui reflètent ses vieilles eaux sombres et auxquelles Maud ne comprend rien et madame Olga tout. Maud qui, pour mieux revenir chez elles, prend des avions pour l’Afrique. Quant à Yann, il veut exposer les peintures de Camille. Ces trois-là sont pris dans un emmêlement de leurs vies qui retient dans ses nœuds le souvenir de Sam, l’ami perdu, dont les pieds n’en finissent pas de se balancer au-dessus de leur tête. Leur vie a basculée avec lui, il y a quinze ans. Depuis, ils sont inextricablement liés Et puis voilà que l’idée fixe de Yann, l’exposition, ramène Camille dans la maison de Maud, au cœur de la forêt morvandelle. Une maison où s’entassent les statuettes africaines de Maud, les toiles de Camille et maintenant la mystérieuse Alice qui secoue la vie d’un regard, sans un mot. S’ajoutent les jumelles à la langue bien pendue, Janba et son accordéon et la forêt, pleine d’enchantements, de fées et du souvenir du grand désastre.
Tout est chamboulé dans la vie de Camille. Ceux auquels elle tient sont pris dans ce grand remue-ménage. Aucun n’est plus où elle le cherche. Les pieds de Sam s’agitent frénétiquement, il leur faut se libérer de ce passé, vieillir d’un coup pour redevenir pleins d’avenir.
Les jumelles sont formelles : il suffit de souffler sur les os de ceux qui sont morts pour que la vie revienne. Juste pousser un peu, inviter, réveiller et puis attendre que ça vienne du dedans. Faire confiance. C’est Alice qui l’a dit.

Extrait :
« Maud pense que je ne sers à rien. Ce qui m’arrive n’existe pas. Barbouiller des toiles. Parler à la concierge. Regarder la rue. Il y a eu un événement, dans ma vie, brutal, du côté du Rocher de l’Ouche, après quoi j’ai été dispensée de tout événement. Maud vit pour moi et me fait vivre. Dans sa maison du Morvan, sans doute qu’il ne se passe encore rien. »

Le mot de l’auteure :
Pendant les mois d’hiver, les forêts du Morvan sont pleines de hantises : le froid, l’obscurité, les bruits, les ululements… on s’y promène avec l’impression de frôler quelque chose. Pour Camille, Maud et Yann, cette forêt a englouti l’ami, Sam, et c’est sûr donc, qu’il vaut mieux ne plus revenir, quitte à vivre des vies bancales, dans la capitale.
La forêt dans ce roman est cette végétation particulière que l’on connaît, elle est aussi une image des profondeurs de soi et du secret, comme la pièce dont l’accès est interdit dans le conte de Barbe Bleue. La transgression des frontières, avec tous les risques qu’elle comporte, est une nécessité absolue pour renouer avec cette force de vie en soi, sauvage et primordiale. Évidemment il reste toujours ce sang sur la clé, qui accuse.
Il y a, dans cette forêt, une femme dont la rencontre bouleverse Camille. Pas exactement une femme aimable. Une femme plutôt qui lui fait vivre la grande frousse grâce à quoi l’histoire ancienne reprend du sens, vie et mort mêlées. Si Camille passe la lisière des arbres, elle sait qu’elle ne pourra pas le cacher à Maud. On ne cache pas ces sortes d’initiation à celle qui nous accompagne. On l’emmène ou on la perd.
À moins qu’on ne l’aperçoive, finalement, au fond de cette même forêt, aux prises avec la même grande frousse…

Le mot de l’éditrice :
Trois êtres empêtrés dans des souvenirs qu’ils essaient de refouler, chacun à leur manière : Camille qui n’en finit pas de retenir la silhouette de sa mère dans ses toiles et essaie d’être transparente, Maud qui tente de semer Sam, son alter ego, dans une agitation intercontinentale, et Yann qui étire le temps pour mieux y trouver ses mots et diluer son chagrin. Jusqu’à ce que la vie ressurgisse, déstabilisante, exigeante, sauvage.
Avec son art de brosser les portraits en deux-trois esquisses et de nous plonger au cœur des émotions, Isabel Estaban nous entraîne dans l’univers de la femme sauvage. Avec Alice, Camille se confronte à cette part d’elle-même, pour briser sa carapace, sortir de son immobilisme. Artémis et Diane, les jumelles aux prénoms des déesses de la nature sauvage, sont là pour aider Camille à se perdre dans le labyrinthe de la forêt, sa forêt intérieure, afin de retrouver le chemin de sa propre vie, le mouvement, cette pulsion qui leur permettra à tous les trois d’oser lâcher leur chagrin pour redémarrer du bon pied, le leur.

Biographie :
Fille de la Méditerranée, Isabel Esteban a passé son enfance dans un village près de Toulon, au milieu des vignes. Elle vit maintenant en Bourgogne, aux portes de la forêt du Morvan.
Isabel Esteban enseigne la littérature à des lycéens parce qu’elle croit dans la transmission de la littérature, de ses valeurs : tout artiste est en décalage avec le le monde où il est, et que ce regard interrogateur sur le monde comme il va est une invitation à trouver sa voix propre. Parce qu’elle aime la musique, elle organise des concerts pop-rock avec ses élèves, pour allier musique et littérature. Elle n’hésite alors pas à monter sur scène avec eux, l’harmonica, l’accordéon ou la guitare à la main, surtout lorsqu’ils jouent les Blues Brothers !
Elle aime les mots des vies qui se racontent. C’est une des raisons pour lesquelles, quand le besoin la prend, elle écrit. Elle est l’auteure d’un roman,  Personne ne dort et le prochain sortira aux éditions de La Cerisaie en 2009.




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