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L’interview de Jacques Vincenot


Ce qu’ils en pensent :
Le Nouvel Observateur : « “Femme dévoilée”. Un homme se plonge dans un univers de femmes. Un premier roman remarquable de maîtrise et de sensibilité, risqué mais réussi, un récit rageur et lumineux. Le récit, écrit dans une langue furieuse et légère, se tient toujours sur le fil de la littérature. Une histoire fulgurante dont nous gardons la force encore longtemps après la lecture. Nous en sommes sûrs, Jacques Vincenot doit continuer à écrire dans cette langue vive et gracieuse qui signe le talent. »    Article Télé Obs.pdf

Femme actuelle : « Ce roman coup de poing, écrit par un homme non issu des banlieues, nous adresse un message universel : il n’y a pas de fatalité. Il faut vivre sa vie, la rage et l’espoir chevillés au corps. »


Biblioblog.fr :
« Ce petit bout de bonne femme a en elle une énergie incroyable, de quoi faire tomber tous les murs dressés devant elle. Attention, Raïssa n'est pas le porte étendard de toute une génération. Elle est elle, est c'est déjà suffisamment lourd à porter. Alors on l'écoute, on souffre et on rit avec elle. Et à chaque instant, on ne cesse d'être abasourdi par la volonté qui la porte. Si l'empathie fonctionne si bien, c'est que Jacques Vincenot a réussi à créer des personnages denses, complexes, qui ne se laissent pas enfermer dans des stéréotypes. Bien sûr, on pourrait dire de ce roman qu'il s'agit d'un conte de fées moderne, à la manière des films que Raïssa aime regarder avec ses copines du foyer. Mais l'adjectif ici est essentiel : moderne car il ne passe pas sous silence la dure réalité, aussi sordide soit-elle; moderne car le récit met en exergue la condition féminine dans certains milieux; moderne car les méchants ne le sont jamais totalement.
En fait, j'ai lu ce roman d'une traite et au fil de ma lecture, Raïssa m'est devenue familière, un genre de petite sœur pour qui on tremble et on espère. »

Librairie Gütenberg pour lechoixdeslibraires.com  : « Ce livre arrive à nous captiver par les bouts de vie qu’il développe. Ce qui est important là, c’est juste qu’il pointe du doigt la nécessité de continuer à se battre pour les femmes. Un peu d’humanité n’a jamais fait de mal dans les rayons des libraires. »

Résumé :
Raïssa, jeune Kabyle des banlieues, refuse la loi dictée par les “petits chefs”. Avec rage et courage, elle se bat pour conquérir sa liberté et s’affirmer en tant que femme. Sa rencontre avec Raphaël, professeur de philosophie, joueur de poker et amoureux de la mer, va lui permettre de voir se lever l'aurore d’une nouvelle vie et d’y prendre son envol.
Un roman d'actualité sur l’espoir, la tolérance, la solidarité, la liberté.

Extraits :
« Je me suis mise à crier dans l’appartement, elle pouvait pas m’arrêter : ce voile, ça signifiait que Dieu s’était planté, que sa création était mal foutue puisqu’il fallait la cacher / C’était n’importe quoi / Et puis si les cheveux étaient si sensuels, les mecs devaient cacher les leurs aussi / Basta / Le voile était un signe de soumission, et j’avais pas envie d’être soumise / À personne / Pas même à l’imam Tayeb sauf le respect que je lui devais / Soumis, ça signifiait être mis en dessous, j’étais pas un dessous-de-plat, j’étais pas une sous-couche / De toute façon, mon corps m’appartenait, j’en faisais ce que je voulais / Je le montrais à qui j’avais envie / si je voulais être stripteaseuse ou nonne bouddhiste ou nonne bouddhiste stripteaseuse, ça me regardait / Je laisserais caresser mon corps par qui je voulais, mon chat, le vent ou mon petit ami. »

« Donc je suis née en banlieue parisienne, dans un décor de lèpre.
Pourtant, dans le quartier, on est pas lépreux, on y trouve beaucoup de gens adorables, je pense à Nouria, à l’imam Tayeb, à Ismaël, à mes copines du lycée.
On dirait que ma cité a été avortée : un bloc de béton gris, avec une quatre-voies qui la coupait en deux, des tags partout et des paraboles aux fenêtres. En fait, mon quartier est une malfaçon, une erreur de casting. J’ai commencé ma vie dans une sorte de
Dark city. Certains soirs, c’était carrément Fight club mais avec Brad Pitt en moins, on peut pas tout avoir. Parfois, je me demandais si il y aurait un lendemain, parce que pour ça il aurait fallu un recommencement, un espoir minime, et ce genre de produit était pas la spécialité du coin.
Pourtant je suis de là. J’ai pris racines dans un nulle part. C’est chelou d’avoir des racines dans un nulle part en béton, c’est carrément anti-écologique, et pourtant j’éprouve de la tendresse pour mon quartier, ou au moins la volonté de pas oublier ceux que j’y ai laissés.
La deuxième chose que je peux dire, c’est l’héritage schizophrénique. Quand on naît dans ce quartier, on reçoit dans les gènes une sorte de dédoublement parce qu’on se retrouve partagé entre cette dead zone qui est notre chez nous et l’envie d’en partir.
Du coup, une autre part de cet héritage, c’est la rage. On naît pas avec elle, mais, si on l’attrape, comme un virus, on se retrouve habité par une volonté insatiable. J’adore ce mot Insatiable, il fait classious. La rage, c’est une disposition intérieure que personne pourra nous retirer. »

Le mot de l’auteur :
«  “Enseigner c’est allumer un incendie”, nous dit Montaigne. C’est participer petitement à entretenir le feu de l’Humanité, celui qui éclaire et donc celui qui réchauffe.
Pourtant ne sont pas loin les marécages nauséabonds enfouis dans l’Homme qui permettent qu’on brûle vivante une Sohane. Je repense à N. (élève de banlieue à qui j’avais fait lire mon manuscrit) qui m’a simplement dit : « La réalité est bien pire ». Son regard triste. Son courage à réussir. Il y a chez beaucoup de jeunes une volonté silencieuse et grave de trouver leur place dans une société qui la leur refuse. Ce roman les porte et leur rend hommage.
Je repense aussi à ces travailleurs immigrés rencontrés dans le centre d’alphabétisation que j’ai animé pendant quelques années : ils venaient d’une autre planète et nous étions pourtant si proches. Ce roman les contient en creux, avec respect.
Je dédie ce livre à Sohane, brûlée vive dans un local à poubelles en banlieue parisienne, le 4 octobre 2002.
Parce que les Droits de l’Homme sont aussi ceux des femmes et que pour l’instant l’humanité marche sur un pied, maximum un pied et demi.
Parce qu’il y a des histoires belles, et j’avais envie d’en raconter une.
Parce que les oppositions de races, de religions, de sexes ou de milieux m’emmerdent.
Parce que je trouve normal qu’un mec puisse aborder le thème féministe.
Parce que Dieu créa l’Homme homme et femme, et que j’ai eu l’impression, en faisant ce roman, de m’appeler Raïssa et Raphaël. »

Le mot de l’éditrice :
« Ce roman avait pour titre initial De la cuisine, on ne voyait pas beaucoup d’horizon, et il est vrai que Raïssa n’en avait pas beaucoup d’horizon, condamnée à l’enfermement par des interprétations intégristes si éloignées du Coran. Portée par l’amour de sa mère, la volonté de s’en sortir et l’espoir chevillés au corps et à l’âme, Raïssa fait voler en éclats les barreaux de sa prison, s’invente un horizon, pas à pas, défi après défi. Avec humour et audace, elle relève la tête, détricote ses peurs, apprend à se faire confiance, ainsi qu’aux “mecs”, pour donner naissance à la femme libre qui sommeillait en elle.
C’était déjà le combat des libertines, puis celui des féministes, c’est aujourd’hui celui de nos petites sœurs, porté entre autres par le mouvement Ni putes Ni soumises, que je salue ici. En éditant
La Rage et l’aurore, j’espère donner voix et espoir à toutes celles que l’on ne voit pas, que l’on n’entend pas, sauf lorsqu’il est trop tard.
Et que ces mots-là sortent de la plume d’un homme me réjouit d’autant plus ! »

Biographie :
Jacques Vincenot enseigne la littérature et vit en banlieue parisienne. Parfois mal à l’aise avec la conception française de la profession, il aime son métier pour l’humour dont font preuve ses étudiants. Pour la rassurante évidence avec laquelle ils se côtoient dans un quotidien où les différences de races, de religion, de politique ne sont pas vécues comme obligatoirement des fossés. Parce que si tout n’est pas idyllique, le vieux combat des Lumières semble tout de même porter ses fruits.
Il est également pianiste, marathonien et a mis en scène une dizaine de pièces de théâtre.
La Rage et l’aurore est son premier roman.


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