../5/27_BELLES_D%E2%80%99%C3%89POQUES.html
../../2005/1/18_LA_VIE_EST_GAY.html
 
 

Ce qu'ils en pensent :
Lesbia Magazine : « À travers un récit polyphonique à la structure chronologique éclatée, Hélène de Monferrand nous conte l'histoire de trois générations de femmes d'une même famille au sens large du terme depuis les années 1920 jusqu'à nos jours.[…] Au-delà des relations tour à tour subtiles ou rocambolesques qui unissent les personnages c'est tout un pan de l'histoire allemande qui est relaté.[…] Hélène de Monferrand décrit également avec une grande justesse un quotidien marqué par la méfiance perpétuelle, le bourrage de crâne, l'odeur de lignite et les façades d'immeubles murées.[…] Le style est comme d'habitude irréprochable.[…] De plus, ce gros livre se lit d'une traite, bref du Monferrand pur jus. »
Tels Quels (Belgique) : « Je l'attendais depuis longtemps ce nouveau roman d'Hélène de Monferrand et je ne suis pas déçue, c'est un pur joyau. […] Je n'ai qu'un conseil à vous donner, lisez-le !»
Activ'elles (Belgique) : «Une telle écriture, ça coule comme du petit lait. […] Cette saga familiale prétexte à une chronique politique pourrait donc élargir l'espace de diffusion d'Hélène de Monferrand. »
Love Pirates : « Chassé-croisé de trois générations de femmes entre Sarcelles et Berlin. Destins tragiques, vies chaotiques, amoures multiples… Véritable saga. C'est du grand Hélène de Monferrand, on aime ou on n'aime pas, mais il est difficile de ne pas se laisser embarquer dans cette aventure rocambolesque sur fond de roman historique. »
Media G.net : « Il convient de saluer la sortie de cette nouvelle " saga ", digne des Amies d'Héloïse. […] Hélène de Monferrand est douée pour raconter à la première personne de longues histoires qui traversent une époque, dans ce style classique et propre qui lui est cher, avec la vision du monde qui est la sienne. »
Garçons : « Un livre passionnant et vite attachant. »
Livres Hebdo : « Retour à Sarcelles, roman des temps prolétariens est aussi le retour d'Hélène de Monferrand à l'écriture en solo […]. Le choix d'auteures à la plume joyeuse, acérée ou militante a traduit sa volonté (de l'éditrice) d'élargir le lectorat. La lecture d'Hélène de Monferrand, entre autres, n'est pas réservée aux lesbiennes.[…]. Bénéficiant d'une solide réputation dans les réseaux lesbiens, La Cerisaie se développe. »

Extrait :
« Pour l'eau c'était pareil. Les premières années de mon enfance il fallait aller la chercher à une fontaine publique qui se trouvait au coin de la rue de la Résistance et de l'avenue de la Paix. Autrefois, paraît-il, il y avait eu l'eau courante et le chauffage central, mais les hivers rudes de la guerre avaient tout détruit et Marraine n'était pas assez riche pour faire les réparations. Son mari, qui avait construit les deux maisons presque entièrement de ses mains, était mort au début de 1945. Quant à son fils, il était aussi gueux que peut l'être un jeune officier nanti d'une femme et de deux petites filles. De temps en temps Marraine allait engager son argenterie de famille au Crédit municipal jusqu'à l'arrivée du mandat d'Indochine qui lui permettait de joindre les deux bouts. Je crois aussi qu'elle n'attachait pas beaucoup d'importance au confort, du moins pour elle-même. Elle se préoccupait de savoir si j'avais une bonne brique dans mon lit, me réprimandait (comme Grand-Mère) quand je me mettais « en plein courant d'air », mais pour elle le froid, les engelures, l'inconfort faisaient partie de la vie normale : celle qu'elle avait presque toujours connue. Aux enfants on interdisait d'aller dans les courants d'air ; on leur mettait des écharpes, des bonnets et des mitaines, une brique ou un moine dans leur lit. On les obligeait à manger une soupe beaucoup trop chaude et, s'ils se plaignaient, on leur disait de souffler dessus ou de « prendre tout autour ». À ce régime je risquais les brûlures d'œsophage mais les deux vieilles dames étaient persuadées que seules les crèmes glacées achetées à la foire du Lendit donnaient la mort. Il paraît que lorsqu'on avait enlevé au jeune Yves de Chéméré ses amygdales (certainement abusivement, étant donné l'époque) sa mère avait poussé de hauts cris en voyant les infirmières de l'hôpital Bretonneau lui donner de la glace. Elle leur aurait arraché ce fils unique qu'on était en train de lui assassiner si son mari, beaucoup plus confiant dans la sagesse médicale, n'était pas intervenu. Depuis il était admis qu'une glace de temps en temps, à condition de n'être pas « en nage » et de la déguster lentement, ne rendait pas nécessairement malade, sauf les jeunes filles dans certaines circonstances dont on parlait à mots couverts. »

Résumé :
Ce roman est la saga de trois générations de femmes, de 1920 à 1989, entre Sarcelles et Berlin.Anne-Marie, née à la fin de la guerre, est élevée par sa grand-mère et sa marraine dans le petit village de Sarcelles. Le silence obstiné de sa grand-mère la persuade qu'elle est orpheline jusqu'au jour où Simone, sa mystérieuse mère, vient l'arracher à son village pour l'emmener à Berlin, chez "l'ennemi".
Propulsée dans une famille recomposée, Anne-Marie découvre également une ville inconnue et une culture différente où la politique du "parti" ordonne l'éducation.
Son destin bascule à nouveau en août 1961, lorsque la construction du mur la sépare de sa famille, restée à l'Est. S'ensuivra pour Anne-Marie le retour en France tandis que sa demi-sœur Annelore devra "passer à l'Ouest" afin d'éviter d'être internée pour cause d'homosexualité.
Devenue adulte, Anne-Marie semble trouver son équilibre dans une vie qui n'en a que peu, partagée entre la famille qu'elle s'est construite par inadvertance, un travail qu'elle adore et des amours adultères qui n'ont rien d'orthodoxes… Mais son destin bifurque une nouvelle fois lorsqu'elle retrouve les filles de sa marraine et avec elles un Sarcelles passé du village à la ville, et qu'elle revoie enfin sa mère, dite "grand-mère l'espionne", délivrée par la chute du mur…
À travers ce destin mouvementé entre secret de famille, amours de femmes et événements politiques, Hélène de Monferrand nous retrace toute une page d'histoire contemporaine.

Le mot de l'auteure :
« Dans les années cinquante la guerre était encore présente à cause de la pauvreté et de la saleté qu'elle avait laissées partout. À cause aussi des secrets de famille qu'elle avait pu générer. Les petits villages de banlieue vivaient leurs derniers beaux jours et l'on pouvait, pour peu que les circonstances s'y prêtassent, être intelligent, honnête et communiste, ce qui n'allait pas durer longtemps. Bientôt les illusions allaient tomber, les villages allaient devenir des cités et le mur de Berlin être édifié pour enfermer les "dictateurs prolétaires" désabusés.
C'est cette époque ingrate que j'ai voulu montrer à travers le destin d'Anne-Marie dite "Annie la petite orpheline", de sa famille et de ses amis. »

Le mot de l'éditrice :
« Hélène de Monferrand adore les sagas, prendre son temps pour planter le décor et installer la psychologie de ses personnages. Et elle le fait bien, dans un style qui comble les amoureux de la langue française. L’écrivaine s’appuie toujours sur l’Histoire pour tisser la trame de ses romans, y nouer ses drames et fouiller l’âme de ses héroïnes à qui elle arrive toujours à prêter quelques bizarreries, quelques originalités. C’est de la broderie, de la belle ouvrage, de celle qui régale l’esprit, la curiosité et l’imagination. »

Biographie :
Hélène de Monferrand a reçu le prix Goncourt du premier roman en 1990 pour Les Amies d'Héloïse, suivi du Journal de Suzanne puis des Enfants d'Héloïse. Elle a co-écrits deux romans policiers avec Élula Perrin : L'Habit ne fait pas la nonne, suivi de Ne tirez pas sur la violoniste et a participé aux nouvelles collectives Histoires qui fondents sous la langue… et Le Début de la fin / La Fin du début...

© L.  Monier