Ceriselles, la collection de littérature lesbienne des éditions de La Cerisaie
Ceriselles, la collection de littérature lesbienne des éditions de La Cerisaie
MOUSSON DE FEMMES
Élula Perrin
Préface de Josée Dayan
Roman - 16,00 euros
352 pages - Collection Ceriselles
ISBN 2-914908-13-X
Préface de Josée Dayan :
« J'ai connu Élula, au moment de l'indépendance de l'Algérie. J'arrivais à Paris après plusieurs années de guerre. Je me sentais étrangère, j'avais du mal à vivre. J'étais insomniaque et c'est comme ça que j'ai rencontré Élula : la nuit.
Elle aussi avait connu l'exil, la guerre, l'horreur. Je me suis sentie adoptée par elle, je sentais une proximité et elle est intimement liée à mes premières années à Paris. Au moment où le soir tombait, où la nuit arrivait, j'étais seule. Elle était un refuge, un sourire. Elle aimait les gens, elle sentait les faiblesses. Très souvent, à l'aube, on finissait à la Calavados, avec des spaghetti…
C'est à l'occasion d'un dîner chez elle que j'ai rencontré la femme avec qui je vis aujourd'hui.
Élula a été ma première famille à Paris.
Dans ce livre je retrouve sa forme d'esprit, sa générosité, son sens du récit, de l'analyse, son regard, son honnêteté et aussi ce goût du romanesque, ce charme, cet exotisme qu'elle incarnait si bien.
Je suis émue aujourd'hui d'avoir à faire cette préface.
Comme le temps passe…»
Ce qu'ils en pensent :
Le Bulletin des Lettres-Lyon : « Ce roman situé dans les dernières années de la colonisation française en Indochine se lit avec un vif intérêt. (...) En cette année où l'on commémore Dien Bien Phû, ce livre, qui est d'abord un document de première main, ne peut laisser indifférent. (...) Ce roman tissé de passions enchevêtrées, amour interdit et passion pour les valeurs et le pays de l'autre, qui brûle et éclaire à la fois, est un œuvre attachante. »
La Lucarne (Belgique) : « C'est avant tout la vérité des propos avec lesquels l'auteure nous raconte les différences qui séparent les autochtones, colons français et métis, souvent rejetés par les deux cultures dont ils font pourtant le lien, qui m'a émue ainsi que le récit historique d'une Indochine française dans les dernières années de sa splendeur et des atrocités que charrient immanquablement les guerres et les révolutions armées. (...) Un récit où l'on découvre que la plus grande souffrance d'un peuple n'est peut-être pas celle infligée par l'ennemi, mais par votre propre patrie lorsqu'elle vous abandonne à votre sort. Un livre à mettre entre toutes les mains, homos ou pas, pour peu que l'on s'intéresse quelque peu à ce qui se passe ou s'est passé dans le monde. »
Activ'elles (Belgique) : « Il y a d'abord une histoire d'amour progressive, harmonieuse, se heurtant à de multiples difficultés, mais indéfectible. Très vite, on ne peut se défaire de ce livre. Les lieux, les coutumes, la langue, la vie quotidienne sont évoqués minutieusement, aussi bien du côté colonisé que du côté colonisateur. (...) Bien que j'ai apprécié la gradation de l'idylle entre deux femmes que tout sépare, j'ai surtout été fascinée par la reconstitution historique absolument palpitante. Un livre à vous garder éveillée jusqu'aux petites heures ! »
Monchoix.net : « Roman historique et sociologique très précis, que vous ayez envie de passer un bon moment ou d'en savoir plus sur l'Indochine avant l'indépendance, je vous conseille vivement de plonger le nez dedans. »
Je Paris : « Tout l'intérêt de ce livre, écrit avec des mots venus du cœur, réside dans cette passion plus forte que tout que l'auteur fait revivre avec tant d'émotion. D'évidence Élula Perrin (…) a mis beaucoup d'elle-même dans ce récit empreint d'une grande authenticité. Ceux qui ne connaissent que la reine de la nuit seront surpris de trouver, dans ces pages émouvantes, un véritable écrivain. »
Têtu : « Atypique dans l'œuvre d'Élula Perrin, Mousson de femmes est avant tout un témoignage historique (…), un roman touchant et instructif. »
Oxydo : « Le style est superbe, le rythme palpitant. L'histoire d'amour à la fois forte et sublime ferait passer Brokeback Mountain pour Candy au Far West. Mousson de femmes est aussi ce roman historique passionnant, incroyablement précis et visuel, qui nous projette dans un épisode trop souvent étouffé de l'Histoire de France : la décolonisation et son lot d'injustice dans un Vietnam incompris. Instructif et vibrant. »
Librairie Les Mots à la bouche : « Peut-être le plus beau roman d'Élula Perrin.»
Elles d'abord : « J'ai bien failli ne jamais choisir ce roman sur les rayons de ma bibliothèque. Les histoires de la Seconde Guerre mondiale ne me passionnent pas particulièrement. Finalement, il s'est avéré être un de mes romans favoris. Ce roman est une poignante et tendre histoire d'amour. Ces scènes d'amour entre les deux femmes sont d'ailleurs d'une telle sensualité, elles nous transportent... un vrai délice ! »
Les Dépêches du Centre Est (1985) : « L'action aurait pu se dérouler ailleurs, sur n'importe quel continent de la planète où des êtres de races différentes se côtoient, se rencontrent, donnent ce produit hybride qu'est le métis. Un être qui ne sent plus sa race, ses origines, et qui souffre de ce mélange que certains méprisent. Ça, avec Anna, la belle Indochinoise, c'est le côté antiraciste du roman d'Élula Perrin. Le côté antisexiste naît avec la rencontre d'Anna avec la jeune épouse d'un haut fonctionnaire et la lente montée d'une passion qui deviendra irrésistible. Il n'y a rien de choquant dans le texte... Ce roman est aussi un témoignage. Élula Perrin sait de quoi elle parle : elle a vécu de longues années en Indochine française. Elle nous conte ici, avec une lucide franchise, une tranche d'histoire peu connue.»
Le Républicain Grandvillais (1985) : « Mousson de femmes est une poignante et tendre histoire d'amour. Cet ouvrage a pris naissance dans son "journal" tenu au jour le jour pendant ces mois cruels pour les colons. Angoissant, attachant, le roman d'Élula Perrin tient tellement son lecteur en haleine qu'il le dévore d'un seul trait. Figurant parmi les plus révélateurs que l'on ai écrit sur cette guerre oubliée...»
Fondation de l'A.L.A.S. : « C'est d'une seule traite que j'ai lu Mousson de femmes, d'Élula Perrin. Du commencement à la fin, l'intérêt que ce livre provoque est constant. La vérité des mœurs, des coutumes, des habitudes, en un mot du comportement de chacune des classes de cette population mérite d'être soulignée.»
Extraits :
« Françoise avait plaisir à voir la glace fondre, à sentir la froide statue s'animer, lui sourire même, parfois. Dans son désœuvrement et l'ennui des journées vides, la pensée d'Anna Hóng grignota progressivement une petite place. Elle interrogeait Simone sur sa cousine, découvrait leur vie, leur enfance, leur jeunesse. Elle était intriguée par cette petite métisse pas comme les autres dont le frère serait médecin, alors qu'elle avait renoncé à poursuivre ses études plus avant.
Simone parlait de sa cousine avec chaleur et affection. Parfaitement loyale et sincère dans tous ses actes et ses pensées, elle faisait à chacune des deux jeunes femmes un portrait flatteur et chaleureux de l'autre.
Anna n'en était plus agacée. Ce temps était révolu.
Maintenant, lorsqu'elle arrivait à un thé ou une réception quelconque, son regard balayait rapidement l'assemblée. Y apercevrait-elle la masse vaporeuse des cheveux blonds de Mme Laujac ? Les yeux verts s'éclaireraient-ils soudain d'un éclat complice en lui souriant ?
Françoise, de son côté, se demandait pourquoi les réceptions qui lui avaient été une telle corvée, lui semblaient désormais moins assommantes lorsque surgissaient la souple silhouette et le casque noir des cheveux d'Anna Hóng. »
« Le soir, ils écoutèrent une dernière fois la radio et entendirent un lointain speaker, là-bas dans la lointaine Europe, annoncer d'une voix indifférente, entre les opérations en Allemagne et les résultats d'un match de football, que les Japonais avaient opéré un coup de force en Indochine… Ils n'étaient que pions infimes sur l'échiquier de la guerre mondiale. Quelques milliers de blancs, noyés dans un petit bout de rizière, et qui n'intéressaient personne. »
Résumé :
1938, Hanoï, capitale de l'Indochine française. Françoise Laujac, épouse d'un haut fonctionnaire, débarque au Tonkin. Au cours d'une réception, elle fait la connaissance d'une jeune métisse, l'institutrice Anna Hóng. Tout d'abord séparées par la différence de classe sociale et le racisme, elles vont peu à peu se sentir attirées l'une par l'autre.
Pendant ce temps, la guerre éclate en Europe, lointaine. Le 9 mars 1945, les Japonais envahissent l'Indochine et sèment la terreur. Anna et Françoise se retrouvent séparées par des milliers de kilomètres, parquées avec les civils dans des zones concentrationnaires. Anna parviendra pourtant à s'enfuir et à traverser l'Indochine pour retrouver et sauver celle qu'elle aime.
À travers cette histoire d'amour exotique et romanesque, Élula Perrin dépeint avec justesse les mœurs et les clivages qui séparaient alors les autochtones, les métis et les colons.
Roman historique, Mousson de femmes nous apporte surtout un très rare témoignage sur ce que fut le destin de la population de l'Indochine pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le mot de l'auteure :
« Je suis née en Indochine, qui était alors une colonie française. J'y ai vécu une enfance enchantée dans un pays magnifique et pittoresque. Puis ce fut la guerre. Pour nous autres Français du bout du monde, elle fut lointaine jusqu'au 9 mars 1945, où les troupes japonaises attaquèrent et massacrèrent par surprise les garnisons françaises.
Alors commença pour les civils, parqués dans des zones concentrationnaires, un an de terreur, de tueries, de brimades de toutes sortes avec des geoliers tour à tour japonais, vietnamiens ou chinois, jusqu'à leur libération par les troupes françaises, fin mars 1946.
J'étais alors une adolescente et préparais mon bac…
Cette période de ma vie est restée à jamais gravée dans ma mémoire. J'ai quitté l'Indochine, devenue le Viêt-Nam, mais l'Indochine ne m'a jamais quittée.
Je voulais absolument apporter mon témoignage sur cette période inconnue de la guerre du Viêt-Nam qui, pour bien des gens, se résume à la défaite de Dien Bien Phu. N'étant pas historienne, j'ai fait revivre deux femmes amoureuses dans ce contexte historique. Leurs aventures sont devenues à ce point les miennes qu'en retournant, en 1992, à Hué, la ville où je fus enfermée, j'ai cru vraiment retrouver leur ombre.
Grâce à elles et à leur histoire terriblement romanesque vue à travers les yeux de la jeune Éliette où l'on me reconnaîtra aisément, j'ai pu apaiser toutes les terreurs qui étaient encore en moi et, satisfaction insigne, voir des passages de Mousson de femmes cités en référence dans des ouvrages historiques se référant à cette période. »
Le mot de l'éditrice :
« Ce roman, sans doute le plus beau et le plus émouvant qu'elle ait écrit, permet de découvrir Élula Perrin sous un autre jour : celui de ses racines, de son enfance dorée en Indochine, jusqu'au 9 mars 1945. Pendant les mois de terreur qui suivront, Élula tiendra son journal. Celui-ci lui servira de base pour écrire Mousson de Femmes quarante ans plus tard, mêlant faits historiques et amours romanesques. Ce livre fut peut-être pour elle un moyen de survivre à la mémoire de ces événements… »
Biographie :
Élula Perrin est née en Indochine d'une mère eurasienne et d'un père français. Elle y passa toute son enfance et gagnera Paris au lendemain de la guerre. Grande prêtresse de la nuit des femmes,du mythique Katmandou jusqu'au Rive gauche, Élula Perrin fut aussi l'auteure de romans, d'essais et de polars. Elle est décédée le 22 mai 2003.
